Comment valoriser ses pratiques environnementales dans un marché public sans exagérer
Trois éléments par pratique : ce que vous faites, qui le fait, comment on le vérifie. Avec un exemple avant et après, sur le même chantier et la même entreprise.
La plupart des entreprises du second œuvre font déjà ce qu’il faut. Elles trient, elles groupent leurs livraisons, elles évitent les nuisances chez les habitants. Ce qui leur manque est la façon de l’écrire dans un mémoire technique sans tomber dans le discours.
On prend ici le sujet par l’autre bout : le dossier est lu, vous savez ce qui est noté, et il faut maintenant écrire. Pour la lecture du dossier elle-même, voir ce que le marché demande vraiment sur l’environnement.
Une pratique, ce n’est pas une promesse
La différence tient en une question : est-ce que ça se passe déjà, cette semaine, sur vos chantiers ? Si oui, c’est une pratique, et elle se décrit au présent avec un nom, un lieu et un document. Si non, c’est une promesse, et elle vous engage pour toute la durée du marché.
- Promesse : « Nous nous engageons dans une démarche de réduction de notre empreinte carbone. »
- Pratique : « Les déchets de chantier sont triés en 3 flux sur site, évacués vers la déchetterie professionnelle de la zone d’activité, et chaque dépôt donne lieu à un bon de pesée que nous joignons au compte rendu mensuel. »
La deuxième phrase est plus longue, plus banale, et elle rapporte des points. Un acheteur note ce qu’il peut vérifier.
Quelle preuve pour quelle pratique environnementale
La preuve n’a pas besoin d’être sophistiquée. Elle doit exister et être montrable si on vous la demande.
- Déchets : bordereaux de suivi, bons de pesée, contrat avec le prestataire d’enlèvement, photos de la zone de tri.
- Produits : fiches techniques et fiches de données de sécurité, classement d’émission des peintures, certificats des fournisseurs.
- Déplacements : adresse du dépôt, distance au chantier, organisation des tournées, carte grise des véhicules récents.
- Nuisances : plage horaire écrite dans votre note d’organisation, matériel d’aspiration à la source, protocole d’information des occupants.
- Réemploi : ce que vous déposez et reposez plutôt que de remplacer, avec l’exemple d’un chantier passé.
- Formation et sécurité : attestations, registre d’accueil, comptes rendus de causeries sécurité.
- Fournisseurs : nom du négoce, distance, délai de réapprovisionnement constaté.
Des indicateurs simples, et tenables
Un chiffre vaut mieux qu’un adjectif, à condition de pouvoir le sortir de vos papiers. Voici ceux qu’une TPE tient sans logiciel.
- Le nombre de flux triés sur le chantier, et la destination de chacun.
- La distance dépôt-chantier, et le nombre de rotations hebdomadaires prévues.
- Le nombre de compagnons formés sur l’effectif affecté, pour les qualifications que le chantier exige.
Annoncez-les au niveau où vous êtes sûr. « Au moins 3 flux triés » se tient toujours ; « 95 % de valorisation » demande une preuve que peu d’entreprises peuvent produire.
Cinq erreurs qui se voient tout de suite
- Le pourcentage sorti de nulle part. Il sera lu, il sera retenu, et il devient contractuel.
- Le vocabulaire d’entreprise. « Démarche vertueuse », « politique ambitieuse » : ces mots ne décrivent rien et ne se notent pas.
- Se présenter comme exemplaire. Personne ne le demande. Ce qui est demandé, c’est de répondre aux exigences du marché.
- Mettre en avant une certification que vous n’avez pas. Et à l’inverse, présenter une certification comme obligatoire alors que le dossier ne la demande pas.
- Le chapitre générique. Un texte qui ne mentionne ni le site, ni les ouvrages, ni les occupants pourrait aller sur n’importe quel chantier. C’est exactement ce que l’acheteur reproche.
Un exemple, avant et après
Avant : « Soucieuse de l’environnement, notre entreprise met en œuvre une politique de gestion responsable des déchets et privilégie les matériaux écologiques. »
Après : « Sur ce chantier en site occupé, les déchets sont séparés en 3 bennes installées sur la place de stationnement réservée : emballages, pots et bâches souillés, gravats. L’enlèvement est assuré toutes les 2 semaines par notre prestataire, avec bordereau remis au maître d’œuvre. Les peintures intérieures sont classées A+, fiches techniques jointes au présent mémoire. »
Même sujet, même entreprise. La seconde version se vérifie, et elle décrit ce chantier-là.
Questions fréquentes
- Comment prouver une pratique environnementale sur un chantier ?
- Par un document que vous détenez déjà : bordereau de suivi ou bon de pesée pour les déchets, fiche technique et fiche de données de sécurité pour les produits, attestation de formation pour les équipes, contrat avec le prestataire d’enlèvement. La preuve n’a pas besoin d’être sophistiquée, elle doit exister.
- Faut-il annoncer des pourcentages dans le volet environnemental ?
- Seulement ceux que vous pouvez sortir de vos papiers. Un taux de valorisation avancé sans justificatif devient une affirmation contractuelle que vous devrez tenir pendant toute la durée du marché. « Au moins 3 flux triés » se tient toujours et se vérifie.
- Quelles erreurs font perdre des points sur le volet environnemental ?
- Le chapitre générique qui ne mentionne ni le site ni les ouvrages, le chiffre inventé, le vocabulaire d’entreprise sans contenu, la certification présentée comme obligatoire alors que le dossier ne la demande pas, et la pratique décrite sans le document qui l’atteste. Chacune se corrige en rattachant la phrase à ce chantier-là et à une preuve que vous détenez.
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