Réglementation

Sous-traitant sur un chantier public : DC4 et paiement direct

Vous n’avez signé aucun marché avec la commune, et le code vous donne deux droits qui ne dépendent pas du titulaire : être déclaré, et être payé directement.

2 octobre 20266 min de lecture

AcheteurTitulairevotre clientVousPaiement directobligatoire au dessus de 600 € TTCà condition d’être déclaré au DC4

Vous intervenez pour une entreprise générale sur un chantier de commune, de bailleur social ou de département. Vous n’avez signé aucun marché avec l’acheteur public, et pourtant le code de la commande publique vous donne deux droits qui ne dépendent pas de la bonne volonté du titulaire.

Le premier est d’être déclaré et accepté. Le second est d’être payé directement par l’acheteur, sans passer par le titulaire, au delà d’un seuil très bas. Beaucoup d’entreprises du second œuvre ignorent le second, et attendent un règlement qui ne vient pas.

Ce que le code appelle sous-traitance

L’article L. 2193-2 du code de la commande publique la définit comme l’opération par laquelle le titulaire confie, sous sa responsabilité, l’exécution d’une partie des prestations à une autre entreprise. Le mot compte : confier la totalité du marché n’entre pas dans cette définition.

L’article L. 2193-3 ajoute deux choses utiles à connaître. L’acheteur peut exiger que certaines tâches essentielles soient exécutées par le titulaire lui-même, ce que le règlement de consultation annonce. Et toute clause contraire à ce chapitre est nulle et de nul effet, quelle qu’en soit la forme, ce qui vide d’avance les arrangements de chantier qui vous demanderaient de renoncer à quelque chose.

Se faire déclarer, avant ou pendant le chantier

La déclaration se fait par le formulaire DC4, rempli par le titulaire et par vous. Elle porte la nature des prestations que vous exécutez, leur montant, et vos conditions de paiement. L’acheteur accepte le sous-traitant et agrée ces conditions, et c’est cette double décision qui ouvre vos droits.

Deux moments sont possibles. Le DC4 accompagne l’offre du titulaire, ou il arrive en cours d’exécution quand un besoin apparaît. Dans ce second cas, l’article R. 2193-4 pose une règle qui joue en votre faveur : le silence de l’acheteur pendant vingt et un jours vaut acceptation et agrément.

Tant que vous n’êtes pas déclaré, vous travaillez sans aucun de ces droits, et vous dépendez entièrement de la trésorerie du titulaire. C’est la première chose à vérifier avant de monter sur le chantier, pas après.

Le paiement direct commence à 600 € TTC

L’article R. 2193-10 fixe le seuil du paiement direct à 600 euros toutes taxes comprises. Au dessus, l’acheteur vous paie directement, et ce n’est ni une faveur ni une option ouverte à la négociation.

Le montant est en TTC, et cette précision compte parce qu’on lit souvent l’inverse. En travaux, la TVA est autoliquidée par le titulaire, votre DC4 porte donc un montant hors taxes, et c’est bien le seuil TTC qui sert de repère. Autant dire que presque tous les lots de second œuvre sont concernés.

Quand le titulaire ne transmet pas vos factures

C’est la situation qui fait perdre des mois à des entreprises de dix personnes. La procédure existe, elle est écrite, et elle tient en trois étapes.

Vous adressez votre demande de paiement au titulaire, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, ou en main propre contre récépissé (R. 2193-11). Il dispose alors de quinze jours pour donner son accord ou notifier son refus, à vous et à l’acheteur (R. 2193-12). Passé ce délai, il est réputé avoir accepté les pièces qu’il n’a ni acceptées ni refusées expressément (R. 2193-13).

Vous pouvez alors adresser vos demandes de paiement directement à l’acheteur, accompagnées de la preuve de l’envoi au titulaire (R. 2193-14). L’acheteur transmet sans délai une copie des factures au titulaire, et le paiement suit son propre délai.

Modèle à recopier
Objet
Demande de paiement, sous-traitance déclarée sur le marché [référence]
Message

Madame, Monsieur,

Nous intervenons en qualité de sous-traitant accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées sur le marché cité en objet, au titre des prestations de [nature des travaux].

Nous vous adressons notre demande de paiement n° [numéro] d’un montant de [montant] €, correspondant aux travaux exécutés du [date] au [date], accompagnée de la situation et des justificatifs correspondants.

Conformément aux articles R. 2193-11 et suivants du code de la commande publique, nous vous remercions de nous notifier votre accord ou votre refus dans un délai de quinze jours, et d’en informer l’acheteur.

[Nom, fonction, entreprise, coordonnées]

Envoyez-le en recommandé avec accusé de réception, ou remettez-le contre récépissé. C’est cette preuve de réception qui fait courir les quinze jours, et c’est elle que l’acheteur vous demandera ensuite.

Ce dont le paiement direct ne dispense pas

Le paiement direct ne vous dispense pas de tenir vos propres obligations : attestations à jour, situations justifiées, prestations conformes à ce que le DC4 annonce. Un acheteur qui reçoit une demande directe vérifie d’abord que vous êtes bien le sous-traitant accepté pour ces prestations et pour ce montant.

Si vos travaux dépassent le montant déclaré, faites établir un DC4 modificatif avant d’exécuter. Une prestation hors déclaration se retrouve hors paiement direct, et vous revenez à la case départ. La liste des documents d’une réponse rappelle où le DC4 se situe dans le dossier.

Questions fréquentes

À partir de quel montant un sous-traitant est-il payé directement ?
À partir de 600 euros toutes taxes comprises, selon l’article R. 2193-10 du code de la commande publique. Au dessus de ce seuil, l’acheteur public paie directement le sous-traitant accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées. Ce n’est pas une option laissée à la négociation entre le titulaire et son sous-traitant, et presque tous les lots de second œuvre dépassent ce montant.
Que faire si le titulaire ne transmet pas mes demandes de paiement ?
Adressez votre demande au titulaire par un moyen qui donne date certaine à sa réception. Il dispose de quinze jours pour donner son accord ou notifier son refus, à vous et à l’acheteur. Passé ce délai, il est réputé avoir accepté les pièces qu’il n’a ni acceptées ni refusées, et vous pouvez saisir l’acheteur directement, preuve d’envoi à l’appui.
Que se passe-t-il si l’acheteur ne répond pas à la déclaration ?
Pour une sous-traitance déclarée en cours d’exécution, l’article R. 2193-4 prévoit que le silence de l’acheteur pendant vingt et un jours à compter de la réception des documents vaut acceptation du sous-traitant et agrément de ses conditions de paiement. Ce silence joue donc en votre faveur, à condition que le dossier ait bien été transmis.

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