Méthode

Remplir un BPU, une DPGF ou un DQE sans se tromper

Le même tableau ne paie pas pareil selon la forme du prix. 420 m² annoncés, 480 posés : en prix unitaires vous facturez 480, en forfait vous en facturez 420.

Bordereau des prixPosteQuantitéPrix unitaireRagréage12018,40Revêtement souple42031,80Plinthes1809,20480 posésPrix unitaires : vous facturez ce qui est exécuté

Trois sigles pour la même question, combien ça coûte. Ils n’engagent pourtant pas du tout la même chose : l’un fixe vos prix sans fixer les quantités, l’autre sert à vous comparer aux autres, le troisième décide de la somme que vous toucherez quoi qu’il arrive sur le chantier.

C’est aussi le bloc du dossier où une entreprise du bâtiment perd le plus d’argent en une soirée, parce qu’il se remplit vite, tard, et qu’une case oubliée ne ressemble pas à une erreur.

Trois documents, trois rôles

Le BPU, bordereau des prix unitaires, liste des natures d’ouvrage et attend un prix pour chacune. Une porte posée, un mètre carré de ragréage, une heure de main d’œuvre. Aucune quantité n’y figure : vous serez payé sur ce que vous aurez réellement exécuté.

Le DQE, détail quantitatif estimatif, reprend ces mêmes lignes et les multiplie par des quantités que l’acheteur estime. Il produit un total, et ce total sert à classer les offres entre elles. Les quantités n’engagent en général personne, elles servent à comparer des candidats sur la même base.

La DPGF, décomposition du prix global et forfaitaire, n’est pas de la même famille. Elle détaille un forfait que vous proposez, et c’est ce forfait que vous toucherez, que le chantier consomme plus ou moins que prévu.

La différence qui décide de ce que vous serez payé

L’article R. 2112-6 du code de la commande publique ne connaît que deux formes de prix : le prix unitaire, appliqué aux quantités réellement livrées ou exécutées, et le prix forfaitaire, appliqué à tout ou partie du marché quelles que soient les quantités. Un marché peut combiner les deux selon ses postes, mais chaque poste relève de l’une ou de l’autre.

Prenez 420 m² de revêtement de sol annoncés au DQE, et 480 m² une fois les cloisons déposées. En prix unitaires, vous facturez 480 m². En forfait, vous en posez 480 et vous en facturez 420. C’est la même feuille de calcul, et ce n’est pas du tout le même chantier.

La forme des prix est écrite dans le CCAP et rappelée dans le règlement de consultation. C’est la première chose à vérifier avant de chiffrer une seule ligne.

Les quatre erreurs qui coûtent le plus

1. Une ligne laissée vide ou à zéro

Une case vide se lit comme une offre incomplète, et un zéro se lit comme un prix. Si une prestation est incluse ailleurs, il vaut mieux l’écrire dans la cellule prévue à cet effet ou dans le mémoire, plutôt que de laisser l’acheteur deviner.

2. Un total qui ne correspond pas à l’acte d’engagement

L’acte d’engagement porte le montant que vous signez. Quand le total du bordereau en diffère, c’est le règlement de consultation qui dit comment l’acheteur tranche, et beaucoup prévoient que le prix unitaire l’emporte sur le total. C’est une clause du dossier et non une règle du code, donc elle se lit à chaque marché.

3. Le fichier de l’acheteur modifié

Supprimer une ligne qui ne vous concerne pas, renommer un poste, ajouter une colonne de commentaires : le tableau devient incomparable aux autres, et c’est le genre d’écart qui se voit au premier tri. Le fichier se remplit tel qu’il arrive, et les précisions vont dans le mémoire technique.

4. Un avenant de dernière minute non repris

Quand l’acheteur publie un bordereau modifié à dix jours de la remise, beaucoup continuent sur la version téléchargée le premier jour. Les plateformes signalent ces modifications par courriel, et ce courriel arrive souvent un vendredi soir.

Une erreur matérielle ne rend pas forcément l’offre irrégulière

Le Conseil d’État l’a jugé le 16 avril 2018 (décision n° 417235), dans une affaire où une entreprise n’avait pas utilisé le bordereau tel que modifié par l’acheteur. Cette seule circonstance ne suffisait pas à écarter son offre, l’acheteur pouvant lever l’ambiguïté en demandant une régularisation.

L’article R. 2152-2 encadre cette régularisation. C’est une faculté de l’acheteur et jamais un droit du candidat, elle ne peut pas modifier les caractéristiques substantielles de l’offre, et elle est fermée à une offre anormalement basse. Compter dessus en remplissant un bordereau revient donc à parier sur la bonne volonté de quelqu’un qu’on ne connaît pas.

Ce que le bordereau dit de votre offre, au delà du prix

Un acheteur qui compare quinze bordereaux voit tout de suite lequel a été rempli sérieusement. Des prix cohérents entre eux, aucun poste à 1 € qui en compense un autre, des lignes de main d’œuvre plausibles : cela n’est noté nulle part et cela pèse sur la façon dont le reste de votre dossier est lu.

Un prix très bas sur un poste, très haut sur un autre, attire au contraire l’attention sur la cohérence de l’ensemble, et l’acheteur a le droit de vous demander des justifications avant de conclure.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un BPU, une DPGF et un DQE ?
Le BPU donne un prix pour chaque nature d’ouvrage sans fixer les quantités, et vous êtes payé sur ce que vous exécutez réellement. La DPGF détaille un prix global et forfaitaire : le montant est dû quelles que soient les quantités posées. Le DQE, lui, multiplie les prix du bordereau par des quantités estimées par l’acheteur, pour comparer les offres entre elles.
Une erreur dans le bordereau rend-elle l’offre irrégulière ?
Elle peut l’être. Le Conseil d’État a jugé le 16 avril 2018, décision n° 417235, qu’une entreprise n’ayant pas utilisé le bordereau modifié par l’acheteur ne voyait pas pour autant son offre écartée, celui-ci pouvant demander une régularisation. L’article R. 2152-2 en fait une faculté de l’acheteur, fermée aux offres anormalement basses, et qui ne peut pas modifier l’offre en profondeur.
Que se passe-t-il si le total du bordereau diffère de l’acte d’engagement ?
Le code de la commande publique ne tranche pas ce cas, c’est le règlement de consultation qui le fait. Beaucoup de règlements prévoient que le prix unitaire du bordereau l’emporte sur le total reporté. Cette clause se lit avant de déposer, car elle change ce que vous devrez exécuter au prix que vous aurez écrit.

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